Chapitre 2 L’appartement

Ultimatum

(ou le délai d’Ambrose, la décision de Bethany et l’amant de Carole Anne)

Au bout de deux semaines, Bethany n'avait toujours pas trouvé de sujet susceptible de plaire à son éditeur. En ce samedi soir, quand son portable sonna, elle sentit son estomac se nouer et un désagréable frisson lui parcourir la nuque. Ambrose Keflord s’impatientait.

  • Non, monsieur, dit-elle avant qu’il ne dise un mot, je n’ai toujours pas de nouvelle idée… Il me faudra plus de temps pour…

  • Vous n’avez plus ce temps-là, Bethany, coupa sèchement Ambrose, nous devons rendre la maquette du prochain magazine dans trois jours ! Cela vous laisse deux jours pour m’apporter votre nouveau chapitre, ou je serai dans l’obligation de céder votre place à de jeunes auteurs. Ce ne sont pas les écrivains talentueux qui manquent, vous savez…

Les menaces d’Ambrose n’avaient jamais rien de très subtil, et Bethany savait qu’elle ne devait pas vraiment les prendre en compte. « La vie de Carole Anne » assurait depuis trois ans les meilleures ventes du magazine, laissant la concurrence loin derrière. Ambrose ne commettrait jamais l’erreur de la mettre à la porte. Cependant, le délai devenait à présent plus qu’urgent et le fait d’être confrontée à la page blanche n’avait rien de réjouissant.

  • Très bien, monsieur, j’ai compris, deux jours…

Elle raccrocha….

  • Vieux con…

Et lança le téléphone dans le fauteuil, où il rebondit mollement.

Ses mains tremblaient de fureur. D’abord contre Ambrose, qui décidait du jour au lendemain de la ligne de son roman, ensuite contre elle-même, pas fichue d’avoir eu une idée intéressante en deux semaines, et enfin, contre la petite dinde de l’appartement d’en face, dans ses tenues moulantes, incapable de lui montrer plus de choses à travers la vitre de l’appartement.

Vingt-et-une heures vingt. A cette heure, la petite dinde en question devait être dans sa discothèque salsa, où Bethany l’avait suivie un soir. Elle trouvait le lieu infect, et les hommes qui tournaient autour de mademoiselle Justaucorps n’avaient jamais l’air d’être très reluisants – si ce n’est de gomina. Un de ces hommes avait ce soir là invité Bethany à danser et ne l’avait quittée que trois heures après, quand elle profita d’un moment où il était aux toilettes, pour s’éclipser, fatiguée et définitivement guérie des latinos. La petite dinde, quant à elle, faisait onduler ses cuisses et ses fesses sur la piste de danse, entourée de sa meute de jeunes loups affamés. Il devait en être de même ce soir. Bethany tapotait nerveusement de ses doigts le sommet de son front, elle réfléchissait, vite, et le fouillis d’idées reprit sa course effrénée dans son cerveau. Elle savait que l’une d’entre-elles était la bonne, qu’elle passait toujours devant ses yeux, mais beaucoup trop vite. Ses paupières tremblaient sous le va-et-vient de ses pupilles depuis plus d’une minute quand enfin elle la saisit l’espace d’un instant :

  • « Vas-y ! », lut-elle.

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6 commentaires

Guillaum a dit :

Cette fille a un côté un peu sordide…

5 août 2010

Moozy a dit :

J'aime beaucoup l'histoire et certaines illustrations :-) Certains dessins sont si “exacts” qu'on dirait de la 3D retravaillée.

5 août 2010

Titiks a dit :

Merci, j'espère que l'histoire vous plaira (si vous avez aimé “Comme un cafard”, disponible ICI, y'a des chances.)

Pour le dessin, non, c'est directement à la palette graphique, d'où l'aspect pas “fini”. J'avoue avoir une préférence pour le style “esquisse”. Qu'en pensez-vous ?

Sordide, Bethany ? Voyons, tu n'as encore rien vu…

5 août 2010

Un visiteur a dit :

Le prénom de l'héroïne retient mon attention, titille mon souvenir, Béthany, c'est pas commun, ça fait un peu gothique, un peu aristo. Mais devant Béthany surgit l'image de Brittany Daniel, cette actrice que j'ai vu dans un seul film «  Rampage the hillside strangler murders  », Brittany y jouait une drôle de psychologue. Aller interviewer un étrangleur vêtue d'un haut hyper échancré, faut le faire quand même ! Mais quel érotisme !

Ta nouvelle donne à réfléchir. Tu reste du côté de la littérature mais tu éprouves le besoin ou l'envie ou de désir d'y ajouter des images (très bien faites d'ailleurs).

Alors, en lisant, on calcule : cette phrase pourrait être remplacée par une image et puis cette autre et encore cette autre. Des cases de BD pourraient très bien prendre en charge toutes les descriptions visuelles dans ce style d'esquisse qui se retient devant trop de précision. Des bulles prendraient en charge les dialogues et le monologue intérieur. Une voie de narrateur omniscient apporterait quelques précisions.

Bref, ta nouvelle, au premier coup d'œil se laisserait, sans reste, «  bédéisée  »,

Sans reste ? Sauf si quelque chose de l'ordre du «  littéraire  » se refuse absolument à la transposition ?

20 août 2010

Un visiteur (JBC) a dit :

Oups, j'ai oublié de signer : Jean Baptiste Crocodile …

20 août 2010

Titiks a dit :

Rien ne s'y oppose sinon ma large préférence pour l'écriture ^^ Puis ça me fait deux exercices différents…

Tant que vous aimez le lire.

27 août 2010

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